Authors
Julie Gobert, Sabrina Brullot,
Title
La transition énergétique et sociotechnique : l’exemple des bio-raffineries comme mythologie positiviste
Year
2015
Indexed by
Abstract
L’une des suppositions qui commence à prévaloir dans les politiques publiques locales et nationales se base sur la constatation que la technique et l’ingénierie ne sont pas les seuls ressorts de la transition énergétique (Labussière, 2012 ; Rumpala, 2012) et n’en constituent pas les freins principaux. De nouveaux enjeux organisationnels, de nouvelles configurations de réflexion, d’expérimentation et d’action entre acteurs se mettent en place, en même temps que certaines parties prenantes émergent de plus en plus. Assiste-t-on pour autant à l’émergence de nouveaux collectifs, de nouvelles formes de gouvernance ou constate-t-on seulement une ré-appropriation d’un enjeu sociétal par ceux qui détiennent les clés de décision et d’action sur les territoires ? Suite à un travail mené dans le cadre de l’Institut de la transition énergétique PIVERT d’une part, des conclusions ayant émergé du projet FASE (financé par la région Champagne-Ardenne), nous souhaitons illustrer notre réflexion au travers du système socio-technique « bioraffinerie ». Cette focalisation nous permet de ré-interroger le mythe d’une évolution industrielle et d’une adaptation des territoires et des acteurs sans heurts. A notre sens, bien que les attentes de certains industriels et des collectivités publiques se traduisent en orientations prospectives dominantes (Borup et al. 2006, Levidow et al. 2014), nous assistons à des changements incrémentaux sur différentes arènes, qui obligent à ré-intégrer l’incertitude dans certains raisonnements téléologiques sur la technique (Gras, 2007). Dans le même temps nous sommes amenés à reconsidérer le présupposé d’une reconfiguration profonde des systèmes sociotechniques d’approvisionnement, de production, de distribution (Coutard, 2012), dans la mesure où la stratégie de groupes dominants est de préserver leur capital acquis, en refusant de questionner les choix qui sont effectués ou seulement à la marge. Il est ainsi intéressant de constater que l’amont agricole ou sylvicole est pris en compte de manière restrictive, que les changements d’usage du sol, de paysage, de services éco-systémiques sont peu caractérisés (Gobert, Brullot, 2013). L’objectif premier est d’obtenir une biomasse de qualité et peu chère, de sécuriser l’approvisionnement au regard de la variabilité des prix et non de structurer des filières locales ou de tisser des liens particuliers. En outre, les choix visant à développer la transformation de la biomasse via des bioraffineries sont souvent réalisés par des tours de table réduits, même si une superposition des échelles de décision et d’intervention (échelle européenne, nationale, régionale) laisse à deviner une certaine complexité à la fois dans la structuration des « communautés épistémiques » (Haas, 1992:3) promouvant la bioraffinerie et des « communautés de pratique » (Wenger, 1998) (clusters fonctionnant autour de la valorisation des agroressources). Ce qui illustre la capacité de certains territoires et acteurs non dominants à disposer d’une réelle marge de manœuvre et d’expérimentation.
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