Authors
Sylvie Allouche,
Title
Heureusement qu’il y avait Yoko Tsuno
In
D. Diaz, V. Schafer, R. Schlagdenhauffen, B. Thierry (dir.), Colloque international FGTIC "Femmes, genre et technologies de l’information et de la communication (Europe, XIXe-XXIe siècles)", LabEx EHNE (Écrire une histoire nouvelle de l’Europe) & Institut des sciences de la communication du CNRS, Paris, 15-16 mai 2014
Year
2014
Indexed by
Abstract
Yoko Tsuno est une série de bande dessinée créée en en 1970 par l’auteur belge Roger Leloup qui compte à ce jour vingt-six albums traduits en de nombreuses langues européennes (allemand, anglais, basque, catalan, danois, espagnol, finnois, italien, islandais, néerlandais, norvégien, portugais, suédois). À côté de Barbarella (Forest, 1962), icône de la révolution sexuelle, et de Natacha (Walthéry, 1970), hôtesse de l’air, Yoko Tsuno, ingénieure en électronique japonaise vivant en Belgique, est peut-être la première héroïne de BD européenne dont l’identité professionnelle n’est pas dictée par les représentations traditionnelles de genre. Relativement méconnue et peu étudiée, elle dispose cependant d’un public fidèle et reconnaissant, et l’on trouve sur l’internet de nombreux témoignages qui attestent du rôle que cette BD a pu jouer dans l’émergence d’un imaginaire projectif de la technologie au féminin, comme le rapporte par exemple Isabelle Collet dans le prologue de sa thèse justement intitulée La Masculinisation des études d'informatique. Savoir, pouvoir et genre (2005) : « Je n'arrivais à m'identifier à aucune autre fille, à aucune femme célèbre. Pas d'écrivaine, pas de scientifique dans mon paysage, pas d'héroïne de roman qui me fasse envie, surtout en science-fiction ! Heureusement qu'il y avait Yoko Tsuno » (encorefeministes.free.fr). Si le caractère féministe de la série fait peu de doute, plusieurs questions restent cependant à être élucidées : quand on lit par exemple dans une interview que ce qui « emplit de bonheur » Roger Leloup, « c'est quand quelqu'un [lui] dit que la psychologie féminine de [ses] personnages est juste » (lci.tf1.fr), il y a certainement matière à s’interroger sur la nature exacte du féminisme de la BD. Il convient aussi d’examiner la façon dont est mise en scène la maîtrise féminine de la technologie en général, et des technologies de l’information et de la communication en particulier (tant par Yoko que les nombreux autres personnages féminins de la série). Au-delà enfin des témoignages singuliers glanés sur l’internet, il faut s’interroger sur les moyens d’évaluer l’impact de Yoko Tsuno, en termes de représentations de genre et d’engagements professionnels, aussi bien sur les lectrices que les lecteurs européens de la BD. Je me concentrerai pour la communication sur les albums Yoko Tsuno eux-mêmes, ainsi que sur des témoignages recueillis sur l’internet ou via des interviews, et si possible, le courrier des lecteurs et lectrices.
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