Authors
Sylvie Allouche,
Title
Figures du sujet digital dans la science-fiction
In
Pierre Cassou-Noguès, Claire Larsonneur, Arnaud Regnauld (dir.), Colloque "Le sujet digital: in-scription, ex-cription, télé-scription", Université Paris 8-Vincennes-Saint-Denis, 18-21 novembre 2013
Year
2013
Indexed by
Abstract
Je prends l’idée de « sujet digital » dans un sens non métaphorique, à savoir entendu comme une entité capable de penser son existence par opposition à un monde-objet et qui existe sous la forme d’un programme d’ordinateur. Une fois admise, ne serait-ce qu’à titre d’expérience de pensée, la possibilité d’une telle chose, surgissent de fascinantes questions : qu’est-ce que cela fait d’être un sujet digital ? Quel genre d’avantages ou d’inconvénients une telle existence comporte-t-elle ? Peut-on avoir envie de devenir ainsi ? La science-fiction, grâce à la variété et à la précision des univers qu’elle explore nous aide à nous représenter les vertigineuses conséquences d’une telle hypothèse. Elle nous contraint pour commencer à préciser les différents modes d’existence digitale possibles. Ainsi, le sujet en cause est-il une intelligence artificielle ou un humain copié dans un ordinateur ? Plus généralement s’agit-il d’un sujet originairement digital ou secondairement tel ? Et si copie il y a eu, quel est son degré d’exactitude ? Quant à l’environnement (autrement dit l’objet) dans lequel se meut le sujet, est-il lui aussi digital ? Comment interagit-il avec lui ? Par un « corps » ? Lui aussi virtuel peut-être ? Et dans quelle mesure le sujet digital est-il conscient de son état ? On voit alors comment la figure du robot positronique d’Isaac Asimov illustre le cas du sujet originairement digital évoluant grâce à un corps réel dans le monde réel et parfaitement conscient de son état, tandis que l’existence dans Simulacron 3 (Galouye, 1964) est de part en part une existence virtuelle ignorante de sa nature. On trouve de la même manière dans différentes fictions tout un spectre de situations intermédiaires ou qui combinent plusieurs niveaux de complexité, comme chez Orson Scott Card, Philip K. Dick, Greg Egan, Ken MacLeod, Dan Simmons, Charles Stross en littérature, ou A.I. Intelligence Artificielle, Matrix, Battlestar Galactica, Ghost in the Shell en format audiovisuel. On peut alors poser deux questions d’ordre plus général qui interrogent la spécificité même de la figure du sujet digital : d’une part, quels sont les moyens dont usent ou pourraient user les auteurs de fiction pour nous permettre d’approcher l’expérience du sujet digital ? Et dans quelle mesure celui-ci n’est-il qu’une version « à la page » de figures plus traditionnelles, et par rapport auxquelles il n’apporte rien de vraiment neuf, comme celles du rêveur universel, de la créature artificielle, ou de l’être divin ?
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